Amour

Amour ★★★★½

Amour de Haneke est un tableau dressant la vie de deux êtres ne sachant réellement s’atteindre mutuellement. Par le biais de la vieillesse, le cinéaste amplifie sa froideur à un point tel que le titre de l’oeuvre lui même se voit remis en doute durant la majeur partie du film. Ainsi, l’on suit une double vision d’une décadence cellulaire, synonyme ici d’un caractère évasif que Haneke vient comme reprocher au sentiment amoureux. Cela vient se confirmer par plusieurs points culminants dans la dramaturgie du film, tout d’abord nous avons la perte de conscience du sujet apparemment central : La mère, incarné avec audace par une Emmanuelle Riva au jeu ensevelit de doute, et dont la véracité se voit toujours emplit d’une tonalité dissonante à l’instar de sa maladie qui l’extirpe peu à peu du monde dans lequel elle vit, mais surtout de l’homme avec qui elle vit. C’est en ce premier point que nous pouvons apercevoir l’insertion de la souffrance que va encourir notre victime centrale : le père, ici incarné par un Jean Louis Trintignant plus froid que froid, et dont la propre humanité sera sujet également au doute dans l’esprit du spectateur. Pour la première fois nous apercevons donc cette incapacité à se montrer véritablement visible pour le vieil homme. Mais c’est ensuite par le biais de deux autres éléments que cette évasion involontaire et douloureuse se construira comme la véritable maladie qui emplira le film de sa froideur. Le premier étant la fille, qui n’est interprétée par nulle autre que Isabelle Huppert, ironiquement sujet central d’une maladie mentale à conséquence évasive dans l’autre chef d’oeuvre de Haneke : La pianiste. Paradoxalement, c’est elle qui témoignera le plus d’humanité dans celui ci, montrant toujours une douleur visible après chacune de ses visites auprès de sa mère. Et si Trintignant semble de plus en plus s’effacer de son propre lui même au fur et à mesure que sa femme meurt, et dont l’humanité laissera de plus en plus place à une froideur déconcertante, c’est également une certaine colère assez subtile qu’il semblera démontrer envers sa fille, comme une réponse à la fois méprisante et apeurée à la tristesse de sa fille, le renvoyant à une façon de vouloir se montrer fort devant la dureté des événements. C’est alors qu’après une longue durée dans l’attente d’une fatalité insoutenable que se révélera la véritable preuve d’amour de la part de Trintigant envers sa femme, mais également le paroxysme de sa froideur, à travers un acte partageant une dichotomie entre une surface à caractère inhumain et un fond au caractère le plus humain qui soit. Vint alors le dernier élément confirmant le caractère évasif que Haneke décrit en l’amour, par l’intermédiaire d’une métaphore visuelle représentée par un oiseau, entré comme par magie dans l’appartement, et que le vieil homme cherchera à attraper, mais qu’il finira par avouer avoir relâché, ne pouvant se permettre de l’obliger à rester dans un endroit où seul le mal le dominera.
Ainsi, finalement Haneke traite l’amour avec une vision très peu décrite, presque tabou. Un amour qui se voit en fin de vie et qui, luttant pour ses derniers souffles, accepte de laisser place à une barrière à tout cocktails d’émotions relevant de l’ordre du vivant, se rangeant plus ainsi d’un ordre fantomatique, mais pour se permettre d’atteindre la force nécessaire pour exécuter des actes d’amour passionnés et dont la noirceur apparente continuera d’effrayer la majorité de l’espèce humaine.

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