The Double Life of Véronique

The Double Life of Véronique ★★★★★

Quoi de mieux pour souligner (ou oublier!) le fait que l'on vieillit, que de regarder son film préféré? Ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vu et j'étais contente de le faire découvrir à quelqu'un. Ça m'a fait voir des choses que je ne voyais pas, comme une ouverture à des pistes de lecture différentes. Comme vivre une ville longtemps habitée via le spectre de quelqu'un d'autre que soi.
Mais reste que, pour moi, La Double Vie de Véronique sera toujours mon âme sœur cinéma, ma flamme jumelle. Je ne saurais comment l'expliquer. Tout m'y attire, toujours. Ce film me répare toujours un peu plus. À chaque visionnement, des choses apparaissent et je me demande pourquoi je regarde d'autres films. Mais la réponse arrive rapidement. Car il y a des films bouleversants qui arrivent sur notre chemin : Les rendez-vous d'Anna, Brief Encounter, La Jetée, Far from Heaven, In the Mood for Love et tant d'autres.
Mais le cinéma de Kieślowski et plus spécifiquement LDVDV, est celui de l'âme ouverte : ses couleurs, son vertige sans filets, ses hasards, ses connexions, ses visages, loin des filtres et des prismes imposés, des personnages sans étiquettes, une caméra qui vole, une ville de bruits blancs, des corps mouvants, des marionnettes pour substituer les vivants et les morts, des gens qui se frôlent, qui savent, des êtres liés, une musique entêtante, une envolée invisible de ce qui ne se voit pas mais de ce qui se sent, se touche. On pourrait trouver cela futile, toutes ces choses qui unissent les deux femmes : les objets qu'elles fétichisent, une corde de laine, une balle bondissante, cette chanson obsédante et surtout, ce coeur malade, comme divisé depuis toujours. J'y vois plutôt des leitmotivs très personnels, un pont entre deux personnes qui se cherchent l'une l'autre. La poésie de l'âme, celle qu'on ne peut toucher que du bout des doigts et contre laquelle on s'endort parfois la nuit.
Moi, toute ma vie, j'ai su qu'il y avait autre chose, autre chose qui dépassait le simple fait de naître. Quand j'ai découvert ce film, à environ 20 ans, je me suis dis: voilà, j'ai trouvé, je sais que je ne suis pas seule. Je ne crois pas avoir trouvé qui ou quoi, ou peut-être que si, car les liens entre humains est ce qui compte le plus, avec le cinéma, sans quoi, rien n'a de sens et c'est pourquoi ce film est mon préféré de la vie, et s'il n'offre aucune réponse, c'est qu'il est, en lui-même, la réponse.

Rachel liked these reviews