I'm Not There

I'm Not There ★★★★½

Ce fut un visionnement nostalgique: en ouvrant mon vieux dvd, j'y ai trouvé un sticker de cette bonne vieille Boîte Vidéo, où j'ai vraisemblablement acheté ce film. Puis, j'avais réussi à oublier qu'Heath Ledger était l'un des interprètes de Dylan; comme à chaque fois que je le vois apparaitre à l'écran, encore aujourd'hui, je suis saisi par l'émotion (maudit que je l'aimais, et que je l'aime encore). I'm Not There, c'était aussi un de mes films préférés de la décennie, j'ai commencé à écouter sérieusement Dylan à cause de ce film, et j'ai écouté la soundtrack à répétition parce que c'est pas tous les jours que tu retrouves Sonic Youth, Yo La Tengo, Stephen Malkmus, Charlotte Gainsbourg, Jeff Tweedy, Sufjan Stevens, John Doe, Cat Power, The Hold Steady, Roger McGuinn, et d'autres encore, sur un même disque. 2007, c'était une bonne année.

Évidemment, je le revoyais pour Cate Blanchett, pour la voir en Dylan électrique, se foutre de la gueule des journalistes, et représenter le coeur du cinéma de Todd Haynes: celle qui refuse de se laisser aliéner par une image qu'on lui impose, celle qui peut se transformer en infinies variations d'elle-même, comme Dylan, sans jamais en faire un simple jeu d'apparat, sans que ces variations soient superficielles (Christian Bale, lui, fonctionne plus sous ce mode, alors qu'il disparait derrière ses personnages), et pour revendiquer ainsi la liberté qu'on lui refuse. Bob Dylan n'est jamais identique à lui-même, il n'est pas là parce qu'il est toujours rendu ailleurs, en avance sur nous, sa musique mute au fil de ses transformations, délaissant, par exemple, le protest song pour des paroles cryptiques (et qui sont, pour lui, d'autant plus politiques qu'elles travaillent par images, ce qu'Haynes illustre de plusieurs façons par ses multiples références visuelles intercalant le monde du musicien à sa contemporanéité); Bob Dylan, en bref, c'est (et ce n'est pas) Cate Blanchett.

Du point de vue de Todd Haynes, il s'agit sans doute de sa déclaration artistique, ou en tout cas c'est un film qui met en abîme sa propre relation au cinéma, et à l'époque c'est ce qui me séduisait. Mais aujourd'hui je pense que je préfère ses drames, où les mêmes thèmes sont joués autrement, de façon plus "classiques" (terme très relatif dans son cas). Ça reste un sacré film, et il y aurait un autre texte à écrire à partir d'Heath Ledger.

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