Tenet

Tenet ★★½

Par moments, ça donne l'impression que le p'tit Chris vient de découvrir que quand tu projettes un film à l'envers, les immeubles détruits se reconstruisent et les hommes se relèvent miraculeusement par en arrière - WOUAH! Ça pourrait être charmant, si le p'tit Chris était capable d'en rester à cet émerveillement gamin, niais sans doute, mais je vais pas nier le plaisir de voir des choses bouger à l'envers. Epstein a écrit plein de pages pour expliquer à quel point c'est HOT une entropie renversée. Mais le p'tit Chris essaie de jouer au grand garçon, il prend ça au SÉRIEUX les choses qui bougent à l'envers, et même si c'est (de loin) le film où j'ai l'impression qu'il s'amuse le plus, avec toute l'arrogance, assez dégeulasse il faut le dire, du mâle blanc riche privilégié qui peut se payer un vrai de vrai avion juste pour le faire exploser (WOUAH!), le ludisme ça lui fait pas au p'tit Chris. J'ai l'impression pour une fois qu'il sait que son film est stupide, et qu'il veut faire un film d'action stupide avec un concept l'fun (mon genre de film préféré?), mais c'est plus fort que lui, il doit faire son show-off et tout alourdir avec une musique insupportable (INSUPPORTABLE, j'avais mal à la tête en sortant).

C'est chiant parce qu'il semble avoir appris à filmer maintenant, les séquences d'action sont assez limpides, le montage est moins tout croche qu'avant, et on a le temps de s'intéresser aux acteurs. Ils sont tous aussi lourds que le film, sauf l'extraordinaire Bobby Pattinson qui, surtout au début, se promène avec une rare élégance, avec un sourire en coin et une démarche pas possible; il introduit un peu de légèreté dans tout ça, mais ça se perd en cours de route. On reconnait le thème Nolanien, l'homme narcissique qui ne croit pas que le monde existe en dehors de lui et qui, dans son scepticisme, enferme une femme (terrible, mais terrible personnage féminin), et au moins cette fois il fait de son personnage-type l'antagoniste, ce qui donne la vague impression que le p'tit Chris essaie de sortir de sa tête, mais en même temps non parce qu'il n'y a aucune trace d'humanité dans ces personnages vides et le film se mange lui-même pour se refermer dans un hermétisme qu'il prétend combattre (c'est le syndrome Charlie Kaufmann, ils se ressemblent beaucoup ces deux-là).

Au travers tout ça, il y avait une très belle chose: une rayure, en plein milieu de la copie 70mm, tout le long de la projection, une trace du passage du temps, d'une usure irréversible, qui venait, en toute modestie et simplicité, montrer à quel point les ambitions démiurges du p'tit Chris, qui prétend contrôler le temps et maîtriser son médium, sont d'une petitesse aveugle.

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